10 septembre. – Ses visites sont de plus en plus fréquentes, deviennent habituelles sans la familiarité : elles m’enivrent et me tourmentent de manière épouvantablement insupportable. Le Horla s’incruste dans mes pensées, dans les zones vulnérables de mon esprit, déferle entre les failles de mon inconscient, chaque crise me laissant plus désarmé que la précédente. Sa présence ne peut être contenue ou réprimée : il est toujours là, le Horla, à quelques doigts de dernière volonté. Parce que celui qui tend sa main vers le Horla a une chance de le toucher, peut-être de le comprendre un peu plus. Comme il est indomptable, je n’aurai qu’à l’apprivoiser : à l’attirer doucement, sans qu’il ne s’en rende compte. Je le laisserai croire que je le laisse encore me contrôler. Une partie de cette affirmation se trouve être vraie, mais je ne le laisserai plus me dominer. Au fil des jours, le Horla est devenu une partie intégrale de moi, donc s’en débarrasser reviendrait à me perdre. Non, il faut que j’accepte qu’il entre en moi, mais pas ce qu’il me fait faire, parce que c’est cela qui est réellement dommageable : son emprise sur moi, pas son existence.
Je manque de souffle, je manque de souffle, encore et toujours plus. Je sais qu’il est là. Je sais. Mais que faire alors que mes pieds se déplacent contre mon gré, que mon essence talonne mon corps tel un chat avec son maitre. Alors il faut courir plus vite, sans regarder derrière, attraper nos pensées par une bonne poignée et les freiner dans leur course sans fin. Il faut prendre le temps de s’assoir avec le Horla, de l’accepter, de communiquer avec lui : de regarder les feuilles qui batifolent et les nuages qui dansent, de sentir la brise dans ses cheveux, de compter les fourmis qui se suivent, vivant dans leur propre monde. Il faut le laisser entrer et choisir ce qu’on lui montre.
Et ça recommence : il entre en moi, le même gel se propageant dans mes veines, jusqu’à ce que mon cœur arrête. Un, deux, trois, quatre, cinq. Inspire. Bousculade. Perte d’équilibre. Je m’affaisse au sol. Un, deux, trois, quatre, cinq. Expire. Le Horla fait tourner ma tête, provoque des convulsions irrégulières. Alors, les images de l’automne qui s’amorce me reviennent en tête, ralentissent mon souffle, celui du Horla, car nous ne faisons qu’un. Il relâche son emprise sur mes jambes, mon torse, mes bras, mes doigts, comme si ces images l’apaisaient. Alors je le sens encore en moi, mais il n’a plus le contrôle. Il prend son envol, sa présence n’ayant plus de raison. Je sais qu’il reviendra, de sa violence douce, graduelle. Mais je l’attendrai avec une tasse de thé, prêt à discuter, un sourire sur mon visage plus large que l’univers, car je ne craindrai plus le Horla.
Charlie Roy
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