Sans titre

10 septembre. Hier, le serrurier était passé. Je ressentais la certitude que mon piège était solidement établi. Depuis, je guettais patiemment le retour du Horla, bien que je fusse un peu agité. Je faisais des ronds dans ma chambre. Mes pas traînaient, creusant des sillons dans les lattes du plancher. Mes mains tremblantes trahissaient mon trouble. Le temps passait lentement, comme suspendu au-dessus de ma tête. Il était prêt à me trancher la gorge tel un bourreau. Seul le tic-tac récurrent du pendule m’apportait un semblant de réconfort. Une présence soudaine s’était fait sentir derrière moi, une ombre qui me glaçait le sang. Chaque fibre de mon être s’était raidie. Il était là. Dans une hâte presque primitive, je fermais les persiennes de fer et je verrouillais la porte. La pièce s’agitait, comme si le Horla, pris de panique, cherchait frénétiquement une sortie. Un élan de pitié me traversait, mais au fond de moi, une joie obscure m’habitait. Je me réjouissais à l’idée de lui faire ressentir ce que je vivais depuis tant de mois maintenant. Tous ces doutes, toute cette peur et tout ce désespoir allaient être vengés. Désormais, tout comme moi, il était un oiseau en cage, condamné à vivre sans pouvoir déployer ses ailes. Il le resterait jusqu’à ce que je le vainque. Je m’étais assis sur mon lit et mon regard s’était perdu dans le vide. Dans son affolement, le Horla avait fait tomber le miroir. Je m’étais redressé par surprise et je m’étais exclamé : « Je sais que tu es là. Que veux-tu ? » Un silence de mort avait répondu à ma question. Je m’étais levé et avais replacé le miroir dans son cadre usé. Celui-ci avait mal vécu la chute puisqu’à présent, il était décoré de craques profondes. Mon reflet était alors déformé. L’image renvoyée n’était plus celle d’un humain, mais celle d’une bête. « Depuis ton arrivée, je ne fais l’expérience que de la crainte et du tourment. Ta présence m’inspire un profond dégoût au point que la nuit, le sommeil m’échappe ». Un apaisement indescriptible m’avait envahi en exprimant mes pensées. Je m’étais approché du miroir, plongeant dans le reflet de mes yeux. « Horla, tu ne peux pas me contrôler. Je suis un être à part entière, une conscience libre. Tu n’as aucun droit d’empiéter sur celle-ci. Pars et ne me dérange plus ». À peine ma révélation achevée, le miroir avait éclaté dans un fracas de verre. Un morceau avait tranché ma joue, mais je ne me préoccupais que du soulagement surréaliste de ma déclaration. L’oiseau pouvait finalement s’envoler et retrouver le ciel. J’étais libre.

Anya Boutora

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