Sans titre

10 septembre. – C’est fait – il est mort ! Je ne sais comment ceci est possible – après tout ce temps ! J’en pleure – j’en ris, même. Cette bête invincible, finalement vaincue !  

Hier matin, aussitôt qu’il ouvrit ses portes, je commissionnais le serrurier à placer une serrure de fer – de haute qualité bien sûr – à la porte de ma chambre.  

Tout comme les nuits m’ayant précédemment torturé, je laissai ma carafe d’eau remplie aux côtés du lit. J’étais déterminé à l’attraper cette fois-ci – ce démon, ce bourreau, ce tortionnaire sadique ! Pris par cet état paranoïaque insomniaque, les scènes dépeignant ce que me réserveraient les prochaines secondes, minutes, heures, je ne le sais… – ne tardèrent pas à se défiler devant mes yeux dans le noir. 

De minutes interminables passèrent avant que finalement… – le voilà ! Je ne me suis pas endormi, j’en suis persuadé ! Ô dieu, ô maître des cieux ! De retour à ce vieux cauchemar rendu réel, le voilà perché sur ma poitrine buvant la vie de mes lèvres, m’empêchant de prendre la moindre respiration ! C’est ainsi donc que je meurs, étouffé par le diable ! Des larmes parcoururent mon visage, brouillant l’image déjà si floue et pourtant si claire de l’horrible bête si près de moi, me touchant, respirant sur moi alors que je suffoque !  

Je m’aperçus, à travers ce délire, que je tremblais de tout mon être, à faire secouer la maison. Cette sensation pourtant nouvelle m’étonnait ; ma vie prend fin, pourquoi ma tête est-elle dans les nuages ? Est-ce ainsi que se déroule la mort ? 

Je tremble bel et bien, pourtant – un phénomène physique absent de mes nuits de prisonnier de mon corps. Je peux bouger ! – ceci n’est pas un rêve, je le sais, je le sais !  

D’une force qui semble demander l’effort de 100 hommes, je repousse l’entité perchée sur ma poitrine et je hurle, je hurle à la nuit ! – « Tu n’as aucun pouvoir sur moi ! Je ne serai plus ton prisonnier, je m’échappe désormais de ton emprise tordue ! Finis sont les jours de tes murmures qui me hantent comme des ombres ! Finis sont les jours de tes crépitements invisibles me poussant à la folie ! Finis sont les jours où tu me guettes comme le font les horribles chiens de Hadès aux enfers ! Cette main à ton cou – ma main – est la lumière qui traverse les ténèbres de ta création. Je me libère de toi, de la prison que tu as créée et qui ne m’enfermera plus ! » 

Le soleil chassant le nuage, la lumière du phare qui perce le brouillard – les lueurs de l’aube pénètrent ma chambre et illuminent finalement, entre mes mains – … rien ! Comment est-ce possible ? Mille questions se poursuivent, tournent en rond dans mon crâne douloureux alors que j’inspire cet air propre, miraculeux, béni. Le Horla… parti, vaincu, banni aux enfers à jamais !  

Amélia Wilson

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