Paresseux !

Apparemment c’est ce que nous sommes. Cherchant des prétextes pour ne pas nous soumettre à l’ordre général des tâches et des devoirs. Indolents que nous sommes à ne pas participer à la vie active de notre société ; nous sommes les parasites qui vivent de vos impôts. Pourtant, s’il n’en tenait qu’à nous, nous échangerions gaiement une santé normale contre une semaine de cinquante heures dans un emploi banal. Nous serions heureux de pouvoir seulement profiter, pour la moitié de ces heures de travail, d’un confort physique et mental suffisant pour la tâche, sans même être payés un seul dollar. Ne croyez-vous pas que nous aimerions remplir notre horaire d’activités plus agréables que d’aller à l’hôpital, de prendre des traitements, de gérer des effets secondaires ou même de nous reposer ? Pourtant, l’impossibilité d’accomplir quoi que ce soit de productif ne vous semble qu’un caprice, car rien n’est visible de l’extérieur. Faudrait-il donc que nous nous plaignions à longueur de journée ? Ainsi, ce que nous ressentons paraîtrait-il à vos yeux ? Là encore, ce ne sont que des mots, trop peu tangibles pour la plupart des témoins extérieurs. Serions-nous donc avisés de nous balader avec des écriteaux décrivant tous nos diagnostics tels des gens sans emploi vantant leurs talents pendant la Grande Dépression ? Aimeriez-vous mieux que nous soyons traités comme autrefois, enfermés à l’asile pour impotence ou hystérie ? Que nous faudrait-il pour que notre parole soit plus forte que notre apparence physique ?

Pourtant, de notre point de vue, nous sommes tout sauf fainéants. Il n’y a point de mollesse à se battre tous les jours contre un corps ou un esprit qui nous tire vers l’arrière. Il n’y a point de lâcheté à reprendre son souffle avant de retourner au combat quand les circonstances nous frappent. Par-dessus tout, il n’y a point de nonchalance dans l’établissement de mesures nous permettant de survivre plus facilement.

Bref, si quelqu’un veut combattre à notre place, qu’il s’amène et qu’il essaie de vaincre la maladie. Il verra que le courage, la détermination et la force sont indispensables ; que le combat soit visible ou non.

Shannon Arsenault-Vachon

La chance sourit aux audacieux et j’ai toujours préféré vivre au maximum. C’est pourquoi après une double greffe et un long parcours en mathématiques, il m’était impossible de demeurer inactive malgré une santé chambranlante. Bien que j’aie dû abandonner mon domaine suite à une grande pause infligée par la maladie, j’ai pu renouer avec des occupations plus créatives. La musique, le théâtre et la littérature ont toujours fait partie de mes loisirs ; c’est ainsi que l’écriture est devenue une partie intégrante de ce qui me tient debout et souriante. Aujourd’hui j’ai un roman sur le feu et une série de textes qui n’attendent que d’être rassemblés, tout ce travail me permet d’être bien plus en phase avec une vie parfois interrompue et pleine d’anecdotes à peine croyables pour le commun des mortels.

Autres participations :
De conjectures en évidences
La traversée des époques
Fanny